« Historique » pour qui, au juste ? Derrière la langue de bois de Trump et de Rodriguez se cachent plusieurs problèmes majeurs : d’abord le climat. Doubler l’accès à des centaines de milliards de barils de pétrole, au moment où il faut accélérer la sortie des énergies fossiles, relève d’une irresponsabilité écologique qui mettra à mal les engagements climatiques et les communautés les plus vulnérables. Ensuite, la promesse que tout cela profitera « au peuple vénézuélien » et « ne coûtera rien aux contribuables américains » sent le déjà‑vu : ces accords profitent d’abord aux grandes compagnies, tandis que les recettes peuvent être siphonnées, mal redistribuées ou absorbées par la reconstruction d’infrastructures détériorées. Rien n’assure aujourd’hui que les emplois seront décents, que les conditions de travail seront respectées, ni que les revenus iront réellement aux services publics et aux victimes de la crise sociale. Il y a aussi une question de légitimité politique : cet accord arrive après une intervention militaire américaine et dans un contexte de tensions sur la souveraineté du Venezuela. On ne peut ignorer le risque d’ingérence et la tentation de créer des « zones d’État » pour protéger les intérêts privés, au détriment de la démocratie locale et des droits des populations autochtones et riveraines. Si un tel partenariat doit exister, il doit être conditionné : transparence totale des contrats, audits indépendants, royalties claires, contrôle citoyen des revenus, protections environnementales strictes, droits syndicaux et priorisation de l’emploi local, et—surtout—un plan réel de transition vers les énergies renouvelables pour que le pays ne reste pas piégé dans la malédiction des ressources. Sans ça, ce « grand accord pétrolier » risque d’être une nouvelle forme d’extraction néocoloniale, ni juste ni durable.