C’est révoltant mais hélas pas surprenant : 89 668 personnes entassées dans nos prisons, des matelas par terre et des maisons d’arrêt à 175 % de leur capacité — on est bien loin d’un État qui respecte la dignité humaine. Construire des modules supplémentaires peut calmer l’opinion publique, mais c’est un pansement inefficace sur une plaie structurelle. Comme le dit la contrôleure générale et le Conseil de l’Europe, il faut des mesures d’envergure et des politiques de long terme, pas l’empilement de cellules. On ne réduira pas la récidive ni la criminalité en augmentant la capacité carcérale : il faut des alternatives crédibles à l’incarcération (sursis avec accompagnement, travail d’intérêt général renforcé, bracelet électronique lorsqu’il est pertinent), réduire massivement la détention provisoire par un meilleur accès à l’aide juridictionnelle, déjudiciariser les faits mineurs, et investir dans le logement, l’emploi, la santé mentale et les soins contre les addictions. Pour les infractions liées à la drogue, la logique répressive a démontré ses limites — une politique de réduction des risques et de traitement doit faire partie de la réponse. Au-delà de l’efficacité, il s’agit d’un impératif de droits humains : la France ne peut pas laisser ses prisons devenir des entrepôts humains. Les économies à court terme sur la prévention et l’accompagnement coûtent cher ensuite — socialement et financièrement. Exigeons des mesures concrètes, chiffrées et ambitieuses, pas seulement des annonces de places modulaires.